Les Decentralized Autonomous Organizations (« DAO »), le futur des organisations collectives ?

La Decentralized Autonomous Organization (organisation décentralisée autonome ou « DAO » ) est l’un des concepts les plus intéressants développés à ce jour autour d’ethereum. Comme Slock.it va prochainement démarrer la création de la DAO qui lui permettra de développer ses projets par une prévente en ligne, une petite présentation s’impose.

Qu’est-ce qu’une DAO ?

Une DAO est une forme de société entièrement décentralisée. Elle n’existe que sur la blockchain ethereum et ses participants n’interagissent entre eux que sur la blockchain.

Par conséquent, la DAO est entièrement transparente : ses comptes sont publics, les échanges entre participants également. La DAO ne s’arrête jamais et est entièrement sécurisée.

Pour avoir un impact dans le monde réel, la DAO fait appel à des fournisseurs de service. Comme la DAO n’a en elle même aucune forme juridique, elle ne peux pas par exemple recruter des salariés, acheter des biens… C’est donc le fournisseur de services engagé par la DAO qui effectuera en pratique les services, qui gèrera l’activité, etc.

Pour faire un parallèle avec ce qui existe déjà, il s’agit d’une sorte de conseil d’administration doté d’un pouvoir de décision et d’un pouvoir financier. La DAO décide à la majorité de la façon d’allouer ses fonds et des prestataires qu’elle recrute. Elle peut décider d’arrêter de travailler avec un prestataire et d’en recruter un autre. Elle garde toujours le contrôle des fonds qu’elle possède en ethers et qui sont dans la blockchain.

Comme les DAO sont conçues autour d’un projet, elles seront conduites au départ à engager la société porteuse sur projet d’origine. Mais on peut imaginer que si le projet n’est pas mené à son terme correctement par la société, le DAO décide de rompre son contrat et d’engager une autre société de services pour un projet similaire.

Qui participe à une DAO ?

Le groupe de personnes à qui la participation à la DAO est ouverte sont choisies par ses créateurs. On peut imaginer que la plupart des DAO vont être financées de façon participative par internet dans un premier temps.

La participation financière à la DAO est symbolisée par un token qui est attribué aux personnes ayant financé, à proportion de l’apport financier. Si  au total 10 personnes investissent chacune 500 ethers dans l’organisation, elles vont par exemple recevoir en échange 500 tokens sur un nombre total de tokens égal à 5 000. Elles posséderont donc 10 % du pouvoir de décision du DAO. Ces tokens sont comme des ethers : une sorte d’actif virtuel permettant d’interagir sur la blockchain.

Bien entendu, ces tokens sont librement programmables (nous sommes toujours sur la blockchain) : on peut imaginer des tokens ayant un pouvoir plus significatif que d’autres tokens, ou des tokens purement financiers qui n’offrent aucun pouvoir de décision…

Comment est contrôlé le prestataire de services de la DAO ?

Le prestataire de services est engagé par le biais d’un smart contract. Ce dernier précise les termes de la collaboration entre les parties, et les modalités financières du contrat. Les parties s’entendent également sur la désignation d’une troisième personne ou entité qui validera le bon déroulement des étapes du contrat de façon indépendante (cette entité peut être également sur la blockchain… voir Oraclize.it sur ce point qui semble prometteur).

Comment les participants à la DAO sont-ils rémunérés ?

Les modalités de rémunération de la DAO sont définis par la DAO elle-même lorsqu’elle conclut son contrat avec le prestataire de services. Par exemple, la DAO peut percevoir un pourcentage de toutes les ventes effectuées par son prestataire. Puisque le prestataire opérera très probablement sur la blockchain, il est ainsi possible d’imaginer que le contrat utilisé par le prestataire prélève automatiquement un pourcentage des paiements effectués par les clients pour l’envoyer au DAO.

Le DAO reste alors libre de décider de « distribuer » à ses membres d’une partie de l’ether collecté.

Comment les détenteurs de tokens de la DAO font-ils leurs choix ?

L’interaction entre les membres de la DAO passe par la blockchain. En pratique, un logiciel équivalent à un navigateur internet est aujourd’hui développé par la Fondation Ethereum. C’est par l’interface de ce logiciel que se prendront les décisions (proposition, votes, mise en oeuvre, etc.).

Quel est le cadre juridique d’une DAO ?

Pour l’instant : aucun. Paradis libertaire. Cela devrait changer rapidement !

Quels sont les risques posés par une DAO ?

Dans la mesure où la DAO est complètement décentralisé, sans contrôle extérieur, aujourd’hui sans existence juridique et qu’il fonctionne uniquement par le consensus, on peut naturellement envisager des cas problématiques assez facilement :

  • La DAO utilise tous ses fonds auprès d’un prestataire de service qui ne réalise pas la prestation demandée. Le DAO n’a pas mis en oeuvre suffisamment de mécanismes de contrôle sur la blockchain pour récupérer ses fonds ou s’assurer de la bonne exécution du service. La DAO n’a aucun moyen de récupérer ses fonds. Elle reste une coquille vide sans existence juridique, elle ne peut donc pas donc pas attaquer le prestataire au tribunal : le contrat signé entre la DAO et le prestataire n’a aucune valeur légale (la DAO n’est à l’heure actuelle pas juridiquement capable de signer des contrats).
  • Les participants à la DAO ne s’entendent pas sur les différentes orientations à avoir (changement de prestataire, changement dans les termes du contrat, nouveau projet à lancer…). La majorité de 51 % n’est pas atteinte. La DAO stagne et aucune action n’est plus entreprise.
  • La majorité de la DAO prend de mauvaises décisions. Le DAO utilise tous ses fonds sans résultat. Elle n’a plus d’utilité en soi et tous les participants ont perdu le capital investi.

Bien entendu, tout ceci est amené à évoluer. On ne peut imaginer que les états laissent des DAO se développer sans encadrement juridique, notamment. Les décideurs vont rapidement s’emparer de la question. Les états vont également vouloir percevoir des impôts sur ces revenus… Tout est encore à faire. et on peut espérer que le meilleur sortira de cette expérience unique.


 

Pour aller plus loin (en anglais uniquement) :

Simon Polrot

Créateur du site. Avocat. Passionné par la blockchain et Ethereum en particulier. Je m'intéresse plus particulièrement aux impacts de la technologie sur la société contemporaine, et aux nouvelles pratiques juridiques qui en découleront. Tip : 0x7d1cd61f6153efd679963d101c5c49374989c7e7

3 Réponses

  1. Alex dit :

    Bonjour
    une petite coquille sur « on peut imaginer des tokens ayant un pouvoir plus significatif de d’autres tokens », « de->que » je crois.

  1. 27 avril 2016

    […] on LinkedinShare on TwitterShare on Google+ Puisque une DAO est un logiciel pur, il ne peut évidemment  pas prendre des mesures et exécuter des actions […]

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