Retour sur l’EDCON, première conférence européenne sur Ethereum (17-18 février 2017)

La semaine du 13 au 19 février fut sans doute la semaine la plus chargée que n’aie vécu la communauté Ethereum francophone à ce jour. Des Meetups étaient organisés tous les soirs de la semaine et une grande partie de la communauté européenne était réunie pour l’EDCon du vendredi-samedi, qui s’annonçait comme l’événement européen majeur de l’année. Et cela fut, grâce à l’enthousiasme et la motivation des organisateurs et partenaires de la conférence (LinkTime, la Fondation Ethereum, Asseth, La Chaintech, Blockchain France, EthFans, ADETIF, ESCP Europe…) mais aussi des 14 volontaires d’Asseth qui ont permis que le tout se déroule sans accroc. Merci à eux ! Tentative de bilan de quatre soirs et deux jours de présentations ininterrompues, d’échanges nourris autour de repas, de soirées et de rencontres.

Avant tout, il faut mentionner :

Cette grande semaine d’événements a permis de mettre en lumière trois axes essentiels : la communauté, les développements fondamentaux et de (très) nombreux projets applicatifs.

Une communauté forte, en plein développement

Si la tenue de l’événement en France a surtout été l’occasion pour Asseth, La Chaintech et la communauté française Ethereum de montrer de quoi ils étaient capables, une sous-conférence dédiée tenue le samedi a aussi permis aux communautés européennes et chinoises de se rencontrer et développer des liens plus forts. C’était important, car le développement d’une communauté saine est une part essentielle du succès actuel d’Ethereum ; elle a permis son évolution rapide et l’arrivée de très nombreux projets.

La sous-conférence a notamment été l’occasion de saisir les différences majeures entre les communautés, avec notamment une communauté française très structurée autour des associations et portée par des rencontres, une communauté anglaise formée autour de différents groupes « meetup » et une communauté chinoise quasi exclusivement en ligne sur des groupes WeChat pouvant atteindre 3 000 membres. La petite communauté tchèque était aussi représentée, ce qui a d’ailleurs donné lieu à un Meetup à Prague avec quelques membres d’Asseth le week-end du 3 mars !

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Des initiatives en commun entre les différentes communautés mondiales ont d’ailleurs été décidées lors du panel et devraient être rendues publiques rapidement.

Le développement d’Ethereum progresse à grands pas

Si la conférence n’a pas été le théâtre d’annonces majeures sur les développements fondamentaux, elle a permis au public européen de mieux connaitre la technologie : pour la découvrir et pour d’autres se mettre à jour sur les derniers progrès. Pour tous, elle était l’occasion de rencontrer et de discuter avec les plus grands contributeurs au projet, nombreux à s’être déplacés. Il était ainsi possible de croiser Vitalik Buterin, Gavin Wood, Vlad Zamfir ou Christoph Jentzsch mais aussi des profils moins connus mais à l’apport tout aussi essentiel comme Yochi Hirai, Mihai Alisie, Nick Johnson ou Joseph Chow…

Sur ce plan, la conférence a également été l’occasion de faire un point d’étape sur le développement du projet :

  • La roadmap du projet a été clarifiée / confirmée :
    • Metropolis sera déployé dans 3 à 6 mois (avec comme prévu un focus sur l’abstraction, l’Ethereum Name System…) ;
    • Les travaux sur Serenity, notamment le passage en Proof-of-Stake (preuve d’enjeu) et le sharding, sont en progrès constants et devraient être déployés progressivement d’ici la fin de l’année 2017 / début 2018.
  • Vitalik Buterin et Vlad Zamfir ont présenté dans le détail leurs approches respectives de la preuve d’enjeu ; Vitalik avec son approche globale reposant sur des dynamiques crypto-économique et Vlad avec son approche « correct par construction ». 
  • L’ENS (Ethereum Name System) a été décrit en détail ; il permet de déposer des équivalents de « noms de domaine » sur Ethereum pour éviter de devoir communiquer une adresse publique sans signification (0x4fdb727edac…) : une première version sera déployée sur le réseau le 14 mars 2017 ; soit aujourd’hui. Il sera possible dans la journée de procéder aux premières enchères sur les noms de domaine souhaités.
  • Le projet Trustlines a été présenté pour la première fois ;  il s’agit plus ou moins de transposer le mécanisme de payment channels de Ripple sur Ethereum…
  • Le développement de SWARM a fortement progressé. Le Dr. Aaron Fischer a décrit le développement frénétique du projet, avec bien sûr une présentation directement hébergée sur le réseau ; les progrès réalisés sont très impressionnants et on entrevoit, si tout se déroule bien, un réseau de stockage décentralisé très puissant.
  • Sur le plan de l’interopérabilité des différents protocoles, de nombreux projets avaient pour ambition de créer une sorte d' »internet de blockchains » (expression utilisée par Cosmos). Citons Cosmos donc, mais aussi Polkadot de Parity Tech ou DFINITY.
  • Des projets déjà évoqués ici, visant à améliorer l’efficacité et la sécurité de la Machine Virtuelle Ethereum qui exécute les instructions des smart-contracts sur Ethereum (intégration de WebAssembly notamment) et la sécurité desdits smart-contracts (mécanismes de Preuve Formelle, méthodes pour sécuriser des fonds sur Ethereum, templates de smart contracts validés) ont à nouveau été présentés et les progrès réalisés détaillés.
  • La question de la « gouvernance » s’est à nouveau posée, avec des interventions plus ou moins poussées sur le sujet. Citons celle de Christoph Jentzsch qui propose une approche pragmatique de transposition de mécanismes de gouvernance dans le smart contracts (qui rappelle l’approche de Metropolis, abstraction, à un degré plus significatif), la présentation de Primavera de Philippi qui approche la gouvernance par son projet Plantoïd mais aussi les projets UN 2.0 de Louis Margot-Duclot et Generative DAO de Roland Kofler…

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Des projets de dApps plus matures et plus ambitieux

Sur les projets applicatifs, la conclusion la plus évidente de cette semaine fut que l’écosystème mûrit, et très vite. Les projets présentés avaient souvent un tout autre degré d’avancement que ceux présentés à la DEVCON2 ; quant à ceux qui étaient à Shanghai, ils ont fortement évolué et sont proches d’entrer en production / y sont déjà (on pense notamment à Oraclize, iEx.ec, Status.im ou Etherisc). 

De nombreux projets présentaient par ailleurs une ambition a priori démesurée telle que remplacer (en mieux) Facebook (AKASHA) ou Whatsapp (Status.im),   un marché des données (dont médicales) (DDaM), de puissance de calcul (iEx.ec) ou de droits d’auteur (JAAK), révolutionner la façon de collecter des dons (Giveth) ou la gouvernance des entreprises (Aragon ou le protocole Ares)…

Dans l’ensemble, le dynamisme et l’enthousiasme des startups de l’écosystème est indéniable et les progrès rapides. On retrouve d’ailleurs des grands axes de développement avec plusieurs projets complémentaires voire concurrents sur la plupart des secteurs:

  • Des initiatives financières avec notamment (voire surtout) le projet StabL / VariabL, qui promets de créer à la fois des « stable tokens » à la valeur indexée sur une monnaie fiat (EUR / USD) et un marché de dérivés décentralisé (VariabL) – en beta test bientôt, mais aussi le projet Melonport, un fonds de placement en crypto décentralisé, Omise Go, une app servant de « banque mobile » pour les personnes n’ayant pas accès au système bancaire traditionnel…
  • La tracabilité / provenance, toujours un gros sujet, avec naturellement Provenance mais aussi Stratumn qui ont tous deux insisté sur l’importance de tracer le thon rouge.
  • Des jeux vidéos utilisant Ethereum comme un jeu de piste pour trouver des crypto (Orion), en moyen de récompenser les bons scores avec des ethers (Etherplay.io) ou encore comme moyen de « matérialiser » les assets du jeu (Beyond the Void).
  • Les Oracles, naturellement, qui ont été à l’honneur aux meetups pré-EDCon (avec même un meetup dédié), mais aussi pendant la conférence, avec Oraclize mais aussi SmartContract.com.
  • Des projets artistiques, avec Forest as a DAO et la Plantoïd de Primavera de Filippi.
  • La puissance de calcul distribuée sur et hors de la blockchain a fait l’objet d’un meetup avec iEx.ec, Oraclize, Decentralized Court et Golem.
  • Et d’autres… voir le résumé complet de Morgan Phuc pour un compte rendu exhaustif.

L’année 2017 s’annonce comme l’année de la mise en production de plusieurs projet de très grande envergure (Raiden, ENS, VariabL, Melonport, Beyond the Void, etc.), de nature à faire connaitre la « blockchain » Ethereum au grand public, directement ou indirectement…

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Ressources

Slides des conférenciers de l’EDCon : https://www.dropbox.com/sh/i6p4nt2w29krgav/AAAi2kcr-fZxnpTQKBWeq1Lma?dl=0

Vidéos de l’ensemble des interventions : https://www.youtube.com/channel/UC5NL-IbFyN72qme66EqX5-A

Les photos d’illustration de cet article sont tirées des très nombreuses photos prises par Etienne Jouin et Lamine Diallo, merci à eux !

Simon Polrot

Avocat. Fondateur du site. Passionné par le projet Ethereum, je m'intéresse plus particulièrement à ses impacts sur la société contemporaine, et aux nouvelles pratiques juridiques qui en découleront.

1 Response

  1. 18 mars 2017

    […] > Article de Simon Polrot à lire sur ethereum-france.com […]

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