Les français qui font Ethereum #6 : Simon Polrot de l’ADAN

Simon Polrot

Qui construit Ethereum ? Pour répondre à cette question, cette série d’interviews présente les français qui y contribuent au sens large : développeurs du protocole, développeurs d’applications, graphistes, investisseurs, utilisateurs, membres actifs de la communauté…

Aujourd’hui nous rencontrons Simon Polrot, Président et Délégué Général de l’ADAN

Bonjour Simon ! Il était grand temps de t’interviewer, tu es le créateur de notre site Ethereum-France qui existe grâce à toi depuis quatre ans. Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle Simon Polrot, je suis aujourd’hui le président et délégué général d’une association qui s’appelle ADAN : l’Association pour le Développement des Actifs Numériques. Il s’agit d’une association nouvellement constituée qui représente les acteurs professionnels du monde des actifs numériques au sens large et tous les métiers qui traitent des actifs numériques y sont représentés. C’est une association ouverte à toute entreprise qui travaillent principalement sur le secteur.


L’objectif de l’association c’est notamment de représenter ce secteur et défendre ses intérêts auprès du monde extérieur, sous forme de lobbying direct, de participation à des groupes de travail… 
Un second aspect aspect de l’association est tourné vers l’intérieur, avec le but de fédérer le secteur. Améliorer le travail et la communication des entreprises entre-elles et structurer l’accueil des nouveaux entrants. Faire en sorte que les entreprise qui arrivent sur le secteur aient un référent, des bonnes pratiques à mettre en place, des procédures, etc. 
Pour mener à bien ces deux objectifs, le but de l’association est d’être professionnelle dans son fonctionnement, avec des personnes qui y travaillent à plein temps, j’y suis moi-même à plein temps, et j’ai une autre personne qui me rejoint à plein temps également dans les prochaines semaines.


C’est tout neuf ! L’association s’est lancée hier, et j’en suis très heureux car c’est un sujet qui me tient à coeur depuis plusieurs années.

Du coup, tu te lances dans une activité avec un spectre très transversal dans l’industrie de la blockchain, comment en es-tu arrivé ici ? 

A l’origine je viens d’un tout autre monde. J’étais avocat fiscaliste je travaillais et je faisais du conseil aux entreprises. J’ai toujours été très intéressé par la technologie et j’ai découvert l’univers de la blockchain via Ethereum. J’avais entendu parler de Bitcoin avant mais c’est Ethereum qui m’a vraiment intéressé car cette blockchain a introduit l’aspect programmable du ce transfert de valeur numérique. Si le bitcoin est la création de la valeur numérique, Ethereum c’est une valeur numérique que l’on peut entièrement programmer. Sur le plan intellectuel et avec ma sensibilité juridique, cette possibilité de programmer des transferts de valeurs sans tierce partie m’a passionné car elle allait faire naître beaucoup de problématiques d’un point de vue juridique et ouvrait un champs d’activités très significatif, une nouvelle industrie. Cela remonte à 2015. Aujourd’hui, l’ADAN c’est un peu la consécration de cette nouvelle industrie. 

Dans mon engouement naissant pour la blockchain, je me suis beaucoup intéressé à Ethereum. En 2016, j’ai lancé le site internet Ethereum France. A la base c’était un projet personnel de passionné afin de faire connaître cette technologie. Très vite j’ai vu une communauté s’assembler en France.  Au début elle était très petite, mais, notamment via la création de l’association Ethereum France, elle est devenue plus structurée par des efforts de communication et d’apprentissage auquel j’ai contribué car j’ai été vice président de l’association pendant 3 ans.

En parallèle de ces projets “passions”, professionnellement, j’ai exploré le secteur. En tant qu’avocat ca a commencé en traitant avec des clients dans le secteur, les premières ICOs, etc. J’ai eu la chance d’être dans un cabinet d’avocat qui a cru en ce projet et m’a laissé le développer (Fieldfisher). 
En 2017, j’ai sauté le pas et rejoint Variabl au sein de ConsenSys, pour lequel j’ai travaillé presque 2 ans. Quand ce projet s’est arrêté, j’ai travaillé chez LGO exchange pendant 6 mois avant de me plonger dans la préparation de cette association professionnelle. 

En 2016, tu lances donc notre site Ethereum France, pourquoi pas Blockchain France ?

A l’époque, Ethereum était la seule blockchain du marché qui était concrètement capable de programmer et construire ces types d’applications, qu’on appelle les contrats autonomes. Grâce à cela, on pouvait imaginer concrétiser quasiment n’importe quelle idée liée aux actifs numériques. Alors, bien sûr, au début il y a eu des de bugs, des ratés au démarrage, mais comme tout produit au démarrage. Après avoir fait beaucoup  de recherches sur le secteur, je suis resté sur Ethereum car j’ai vu le sérieux du développement et l’intérêt de la communauté qui s’était développée autour. Cela s’est confirmé lorsque j’ai rencontré des personnes intéressées par le projet en France. J’ai vu que c’était une belle communauté d’intérêt, des passionnés désireux de développer des choses intéressantes autour de ce projet. Et c’est pour cette raison que je me suis très fortement  investi dans cette communauté.

Ethereum, du coup, c’était presque un non choix car le seul possible. Aujourd’hui je pense encore que Ethereum est une blockchain très importante et intéressante, c’est la 2ème plus grande blockchain en termes de capitalisation, sans doute la plus grande en termes de développeurs, et sans conteste c’est la blockchain avec le plus de projets en cours de développement. Après, développement de cette technologie est encore en cours et il y a beaucoup de projets qui naissent autour de la notion de création de valeur programmable. Ethereum n’est plus le seul projet qui offre des perspectives d’avenir. Il y a des projets qui se construisent sur des protocoles existants (y compris Bitcoin !)  et sur des nouveaux protocoles qui débutent ou vont arriver (Cosmos, Tezos, Polkadot…) qui ont encore leurs preuves à faire. C’est important, dans le cadre de la professionnalisation de l’industrie en tant que telle, plutôt que de faire des guerres de clochers sur des types de protocoles, de répondre d’une voix aux problématiques qui sont posées : elles sont en effet transverses. C’était donc naturel pour moi d’étendre mon champs d’action et d’avoir un regard plus large des différentes problématiques. Ce qui m’a mené à l’ADAN.

Du coup l’ADAN, la défense les actifs numériques… 

C’est quelque chose qui me tient à coeur depuis longtemps. J’étais cofondateur et vice-président de la Chaintech, une association avec un projet un peu moins structuré mais qui représentait déjà des acteurs de l’industrie. L’ADAN c’est la continuation du travail commence par la Chaintech, ainsi qu’une autre association : la FD2A, qui a également rejoint l’association. Aujourd’hui on arrive donc à une structure plus inclusive, plus professionnelle et qui a mon avis a les meilleurs chances de devenir l’interlocuteur privilégié des institutions et du secteur public au sens large. 

La nouvelle association ADAN, lancée le 14/01/20

Tu peux m’en dire plus sur les membres ?

On a cofondé l’association avec 11 membres, qui font partie des plus gros de l’industrie de la Blockchain en France: Ledger, iExec, l’entité française de Consensys, Woorton, Coinhouse, Ark, Nomadic Labs… Tous ces acteurs ont adhéré au projet commun et ont donné l’impulsion, avec moi, de créer cette nouvelle association. L’objectif qu’on s’est fixé cette année est d’avoir une trentaine de membres qui représentent tous les secteurs de l’industrie (il nous manque certains secteurs, comme par exemple des projets qui développent des NFTs). C’est une association professionnelle donc elle demande une cotisation pour financer ses actions, mais avec un barème  correspondant au degré de développement de la société concernée. 

Quels sont les objectifs fixés pour la première année?

Il y a deux grands objectifs pour cette année de lancement :
Le premier concerne le développement interne de l’industrie : créer cette base de référence à la fois métier et de bonnes pratique pour les nouveaux arrivants sur le marché. Ce sera fait au cours de l’année et elle sera sans doute également accessible aux non membres, le but n’est pas de fermer l’accès à l’information.
Le second concerne nos activités tournées vers l’extérieur. On a beaucoup de défis en France et en Europe sur les actifs numériques. Il y a une consultation de la commission européenne qui s’est lancée très récemment, des questions en lien avec la mise en place de procédures de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, la problématique de la relation avec les acteurs bancaires qui doit être débloquée, des sujets de prospective de type “que va être la blockchain dans 3-5 ans ?” et la mise en place de politiques publiques autour de ces prospectives. On doit être capables de répondre à ces différents sujets de façon percutante et pertinente et d’apporter des compétences et des visions pour convaincre les acteurs des politiques publiques. C’est difficile de quantifier le fait d’atteindre cet objectif, mais l’idée est de résoudre les problématiques qui se posent aujourd’hui aux sociétés et de les accompagner et leur offrir des perspectives d’avenir et d’accompagnement public.

Est-ce que tu as une volonté de positionnement de la France et de l’Europe dans le développement mondial de la Blockchain? Faire du lobby pour l’Europe ?

Tout à fait, il faut savoir qu’aujourd’hui déjà, dans les actifs numériques, la France et l’Europe sont en retard. Il n’y a pas de licorne en Europe dans les actifs numériques sans doute car il s’agit d’un environnement naturellement moins favorable à l’entrepreneuriat de rupture, un continent moins porté sur la prise de risques. 

Le travail de l’ADAN c’est aussi cet objectif de pousser les acteurs pour les faire rattraper ce retard et être très ambitieux. Pousser aussi des projets nouveaux, avec de nouveaux types d’activités. On peut rattraper les géants qui existent, mais ce qu’on peut aussi faire c’est créer des champions dans de nouveaux secteurs. Il y a tout un enjeu lié au cadre juridique qui est en train de se mettre en place car c’est une compétition mondiale. Si une société peut réaliser son activité avec 20 ou 25 % de coûts en moins en déménageant, elle va le faire. Il faut donc pouvoir exercer les activités liées aux actifs numériques en Europe, bien sûr sans être “moins disants” sur le plan réglementaire car il est essentiel, mais en évitant d’être “trop disants” et imputer des coûts trop élevés aux entrepreneurs qui rendent non rentables leurs activités.

Le nerfs de la guerre se trouve en effet dans la rentabilité des activités. N’oublions pas qu’il s’agit d’un secteur privé, qui se veut rentable. Si on est dans un cadre qui empêche de faire du profit on va développer ailleurs. Il faut avoir cet enjeu de compétition mondiale en tête lorsqu’on parle de ce sujet.

Rajeunir un peu le vieux continent ! On te souhaite de réussir. Pour en revenir un peu a toi, peux-tu nous définir ton rapport à la spéculation ?

A titre personnel, c’est par la spéculation, plutôt l’investissement que je suis rentré dans le secteur. Clairement, quand j’ai découvert Ethereum je voulais simplement diversifier un investissement très risqué. C’est une porte d’entrée très importante qui attire et ensuite les gens restent pour d’autres raisons. L’autre grand rôle de la spéculation c’est le financement du secteur. Aujourd’hui, 90% des projets sont financés soit directement ou indirectement grâce à la spéculation sur les crypto monnaies. Il y a des fonds d’investissements qui se sont constitués grâce aux profits réalisés sur les actifs numériques qui investissent dans le secteur. Comme c’est un secteur nouveau pour lequel l’accès au VCs est compliqué, c’est quelque chose qui a été essentiel pour pousser l’investissement de nouveaux projets. Il faut beaucoup d’argent pour financer les personnes qui construisent des projets et faire émerger les plus pertinents. 

Il y a évidemment un aspect moins vertueux; des gens qui perdent beaucoup d’argent.  Les personnes qui se lancent dans ce type d’actifs ont tout intérêt à être bien informées des risques et être conscientes qu’on peut monter et descendre de façon très forte, sur les deux dernières année on est quasiment à -90% sur l’ensemble des actifs. Il faut avoir le coeur bien accroché mais pour autant, je ne pense pas que l’on doive interdire ou limiter la spéculation de façon trop restrictive. Il s’agit seulement de s’assurer que les investisseurs, les traders, sont conscients des risques qu’ils prennent.

Sur la spéculation, je pense que le net est tout de même positif pour l’écosystème. 

Et notre question pour la fin, peux-tu nous parler d’une application utile basée sur Ethereum aujourd’hui?

Il y a plusieurs applications que j’utilise très régulièrement. Récemment, le secteur qui a vraiment explosé c’est la finance décentralisée, la DeFi ou un écosystème économique est en train de se construire sur Ethereum, avec la créations d’actifs stables complètement décentralisés, de plateformes décentralisées, de prêts, etc. Il y a beaucoup de briques qui se mettent en place pour créer et gérer toute une économie. Je dirai que tout ça ensemble c’est le cas d’usage existant et pertinent sur Ethereum. 

S’il fallait nommer un seul projet, ce serait le DAI de Maker, le stablecoin, un actif qui garde toujours sa valeur égale au dollar, collaterisé en ETH. C’est une base qui fonctionne et aujourd’hui on peut acheter du DAI, l’utiliser pour des paiements, des prêts, des déplacements, etc. C’est un cas d’usage concret pour moi qui m’a réellement servi ces deux dernières années. 

NDLR: Retrouvez Simon à EthCC[3] – Ethereum Community Conference les 3-4-5 Mars prochain a la Maison de la Mutualité. Il animera un série de talks en français sur les perspectives de la blockchain et le positionnement de la France sur cette industrie

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