Les français qui font Ethereum #3 : Alex Masmej de MetaCartel DAO

Ales Masmej

Qui construit Ethereum ? Pour répondre à cette question, cette série d’interviews présente les français qui y contribuent au sens large : développeurs du protocole, développeurs d’applications, graphistes, investisseurs, utilisateurs, membres actifs de la communauté…

Aujourd’hui nous rencontrons Alex qui participe activement à la DAO MetaCartel.

Bonjour Alex, merci de nous donner un peu de temps aujourd’hui. Pour commencer peux-tu te présenter en quelques mots ? 

Hey! Je suis Alex, j’ai 23 ans et je viens de Paris. J’ai toujours été passionné par les start-ups technologiques de manière générale depuis que je suis adolescent. Cela fait deux ans que je me renseigne sur la crypto, et j’ai naturellement rejoint la communauté Ethereum il y a maintenant 6 mois.

Le premier projet que j’ai rejoint est MetaCartel DAO, une DAO (Decentralized Autonomous Organization) sur Ethereum. Depuis, les “DAO” font partie de la majorité des projets avec lesquels je travaille; je suis passionné par ces nouveaux modèles de gouvernance. J’aime beaucoup la technologie Ethereum et comment se servir de la blockchain pour améliorer notre quotidien. L’adoption de masse est mon focus et c’est pour ça que je suis très aligné avec MetaCartel dont l’objectif est de rendre la blockchain accessible à tout le monde, au delà de la techno en elle-même.

Pourquoi as-tu choisi Ethereum ?

Je cherchais dans les différentes technologies celle qui était susceptible d’avoir le plus d’impact dans les 10 prochaines années. Bien sûr, il n’y a pas que la Blockchain qui soit intéressante comme technologie. Il y a l’IA, mais qui est très complexe et qui nécessite de trier beaucoup de données, ou la réalité augmentée, mais, comme c’est du hardware, cela demande beaucoup de fonds. Pour la blockchain, les barrières à l’entrée sont extrêmement faibles.

Ensuite Ethereum, c’est simplement car c’est la plus grosse communauté de développeurs (500 000 selon Joseph Lubin, cofondateur du protocole), c’est là où tous les projets B2C se construisent. L’engouement, la communauté et les effets de réseaux sont inégalés. Bitcoin est un super projet également, mais l’ethos étant très conservateur, ils n’expérimentent plus tellement par peur de “casser le code” et de potentiellement perdre des centaines de milliards de dollars. Ce que je peux comprendre, mais je me retrouve bien plus dans la mentalité Ethereum.

En étant sur Ethereum, on peut expérimenter très vite, on y retrouve l’esprit de startup et d’innovation qui me tient à cœur.

Peux-tu nous dire ce que tu faisais avant ?

Après le bac, j’ai fait des études de commerce pendant 3 ans à Manchester en Angleterre, puis j’ai passé un an à faire une startup dans l’impression 3D. Mon équipe avait reçu un peu d’argent de l’incubateur de mon ex-université, et on a levé des fonds mais la startup a échoué.

Après ça je suis revenu à Paris pendant un an et, dans l’espoir de rencontrer des gens ambitieux et intéressants, j’ai co-créé mon propre “fellowship” de jeunes entrepreneurs avec Clément Robin et Maxime Konzelmann. On avait sélectionné 12 jeunes, et on se rencontrait tous les samedis dans les bureaux de Comet, une startup parisienne qui nous prêtait leurs bureaux, pour faire des projets ensemble. Au déjeuner, on invitait des entrepreneurs français et figures de la technologie comme Xavier Niel, Jean de la Rochebrochard (Kima), Marie Schneegans (WorkWell), Teddy Pellerin (Heetch), etc. J’ai pas mal expérimenté dans la crypto à cette époque, notamment un projet avec Lydéric Senlecques pour “tokéniser” les ordonnances médicales afin de les rendre infalsifiables.

Du coup, tu bosses dans une DAO, si on avait 12 ans, tu pourrais nous expliquer ce que tu fais? 

La façon la plus simple d’imaginer une DAO, c’est un groupe facebook où les membres peuvent choisir où sont alloués les fonds. Le but est simple : lever des fonds et allouer du capital. Plus on met de fonds, plus on a proportionnellement un pouvoir de décision sur l’allocation du capital. 

Pour résumer l’histoire des DAOs, tout a commencé avec “The DAO” en 2016. Tout le monde se rappelle du scandale dans Ethereum: il y avait un bug dans le code et 175 millions de dollars ont été hackés. Beaucoup de gens ont pris peur et les projets de DAO ont rapidement été tués dans l’oeuf , car les gens étaient effrayés de recommencer.

Plus rien de notable ne s’est passé dans les DAOs jusqu’en février 2019 où, pendant un hackathon, Ameen Soleimani et James Young ont écrit 400 lignes de code en un weekend dans le but de lever des fonds pour financer et coordonner le développement d’Ethereum 2.0, la mise à jour majeure du protocole. Leur méthode était très simple : tout le monde rassemble des fonds sous le compte partagé de la DAO. N’importe qui peut soumettre un “proposal” où les membres votent proportionnellement en fonction de leur nombre de parts dans la DAO. Le code n’a pas “cassé”, il a ensuite été audité, et de là, Moloch DAO est né ! Moloch est depuis devenu un modèle de DAO qui a été repris plus de 30 fois.

Il existe d’autres types de DAOs, mais l’avantage de Moloch (dont MetaCartel, où je travaille, a repris le modèle) se résume à une fonction qui réussi à aligner les intérêts de tous les membres, la fonction « ragequit ». 

Cette fonction « ragequit » permet de retirer ses fonds si on n’est pas d’accord avec la décision d’allouer des fonds à un projet donné. Il y a une fenêtre ouverte pendant une semaine après la prise d’une décision, pour que ceux qui ont voté contre, ou n’ont pas voté, puissent retirer leurs fonds. Cette fonction de ragequit permet une sortie rapide à quiconque qui n’est pas d’accord ! Et un bon moyen de contrer une cyber-attaque comme celle de la DAO en 2016.

Comment fonctionne un processus classique de demande de financement au sein d’une DAO?  

Des projets qui cherchent du financement se présentent. Après nous avoir contactés hors-blockchain, souvent en personne ou via nos forums, la proposition s’affiche sur la page d’accueil de la DAO, où les membres peuvent commencer à voter. Il faut savoir qu’il n’y a pas de quorum minimum de votes pour qu’une proposition passe. En théorie, une personne suffit pour financer un projet si personne ne s’y oppose. Le taux de participation dans les DAO est très faible, probablement moins de 10%. Mais ce n’est pas un problème : le consensus est “social”, ce qui veut dire que les votes silencieux approuvent indirectement le financement. En n’ayant pas de quorum, cela permet de simplifier et d’accélérer les démarches. Cette question de rapidité a pu être problématique dans des institutions comme la Fondation Ethereum ou ConsenSys. Pour recevoir un don, il fallait parfois attendre 6 mois ou plus.

Dans MetaCartel DAO, le but c’est d’aider des projets expérimentaux qui s’adressent aux utilisateurs finaux, ainsi qu’aider les développeurs dans leurs débuts de projets : nos cohortes vont de $2000 à $8000 versés par équipe. Nous avons financés environ 10 projets depuis 6 mois. MetaCartel possède actuellement 1 000 ETH dans sa banque. Aujourd’hui toutes nos participations aux projets se font sous forme de dons mais on aimerait passer potentiellement à un modèle générant des revenus, en transformant le don en investissement, et de devenir l’accélérateur des projets crypto de référence. On prépare ça pour 2020 !

Ragequit, c’est pour un projet ou toute la DAO ?

Le bouton ragequit est disponible à tout moment. Le seul moment où il n’est pas disponible, c’est si tu as voté oui pour un projet, pour que tu en assumes les conséquences ! Mais, si on ragequit, on quitte la DAO dans son ensemble, on n’est pas juste exempt de participer à un seul projet.  Pour ragequit, il faut être suffisamment en désaccord avec l’orientation générale prise par la DAO car c’est irréversible. Du coup, ce n’est trop grave si tous les projets sont pas 100 % alignés avec tous les intérêts des membres. C’est plus une option dissuasive : personne n’a ragequit MetaCartel pour l’instant.

Basculer vers une structure qui cherche a faire du profit, c’est un peu une nouvelle façon de faire du VC  ?

Dans un sens oui. On essaie différentes choses. Pour le moment on n’a pas beaucoup d’argent car on vit grâce à des dons d’entreprises de l’écosystème. Mais ce serait cool de devenir le Y Combinator de la blockchain, avec des cohortes de 10 ou 20 projets et un vrai travail d’accompagnement. Du coup on serait plus un accélérateur qu’un VC à proprement parler.  On est en train d’y réfléchir concrètement au sein de la DAO en ce moment même.

Si vous voulez pouvoir accompagner des projets, il faut des experts pour les aider. Comment compte-tu les rassembler? Ou est-ce que tous les membres de la DAO sont suffisamment experts ?

Oui ! Pour être membre de la DAO, il faut connaître l’écosystème Ethereum et être aligné avec l’objectif de la DAO. Il nous est arrivé de refuser de l’argent de personne qui nous pensions ne pas être suffisamment dans la même culture que nous.

Pour Moloch DAO, par exemple, cela veut dire que les membres doivent être intéressés par Layer 1 d’Ethereum et la comprennent techniquement. Pour MetaCartel, les membres sont intéressés par les applications concrètes de la blockchain, celles qui sont consumer-facing, et participent activement dans un projet. De plus, pour MetaCartel, on peut proposer de participer avec de l’argent ou du travail. Dans mon cas, je n’ai pas mis d’argent mais j’ai proposé mon aide et ils m’ont accepté !

Quel est le processus pour devenir membre? 

Pour devenir membre, on “pledge” minimum 10 ETH pour un individu ou 50 ETH pour une organisation. On poste sur un forum expliquant sa motivation et ensuite on fait une proposition sur la blockchain, en indiquant le montant avec lequel on souhaite participer. La proposition est soumise au vote des membres existant de la DAO pendant 7 jours.

Sinon , comme dans mon cas, je les ai aidé en organisant un événement à San Francisco à Audius, une service de streaming de musique sur Ethereum. Ils ont appréciés et j’ai reçu une “share” de la DAO sans avoir à donner de l’argent !

On a une question technique sur le financement. Le projet qui est validé par MetaCartel, que reçoit-il? Des parts de MetaCartel ou de l’argent directement?

Le processus de financement se fait en deux temps. Un projet qui est financé reçoit des parts de MetaCartel. Cela le rend donc techniquement « membre » de la DAO. Il peut ensuite appliquer la fonction ragequit, qui agit directement et peut ainsi récupérer l’argent de ses parts.

Néanmoins, cela va évoluer. Il y a un nouveau protocole, Moloch 2.0 qui va arriver avec plusieurs innovations: 

  • S’ouvrir à d’autres crypto-monnaies que l’Ether, comme le DAI. 
  • Les propositions pourront être liées entre elles. Aujourd’hui plusieurs morceaux d’un même projet sont soumis séparément et parfois ne reçoivent pas tous un financement ce qui crée des incohérences. Pour éviter qu’un développeur soit financé mais pas le designer, par exemple.
  • On pourra peut-être également financer directement le projet, sans devoir passer par le ragequit.
  • Moloch Pool: certaines personnes qui veulent juste donner mais sans obtenir de droit de vote sur les projets, auront la possibilité de le faire. Cette fonction a déjà été implémentée dans Moloch DAO récemment.

Du coup, le projet Alex Masmej au sein de MetaCartel, il consiste en quoi? 

Je ne suis pas très technique [rires],  du coup, j’ai aidé des projets comme MintBase, KickBack et rDAI, sur des aspects comme le business development, marketing, communication, operations, etc.

Je fais partie des premiers à rejoindre MetaCartel DAO, le projet a un an mais la DAO n’a que 6 mois. Du coup on est encore en pleine phase d’expérimentation, il y a plein de choses à faire et j’aide là où je peux. En ce moment, j’aide Dappi, un outil pour les développeurs pour faire des widgets faciles à utiliser dans leurs sites web.

Quel est le futur pour les DAOs? Tu les vois évoluer vers des structures plus complexes, telles que des entreprises ?

Complètement ! Pour le moment on a vu sortir de ConsenSys un projet : OpenLaw : LAO. Je considère les DAOs actuelles comme éthique mais pas encore légales, car il n’y a quasiment aucun précédent jusqu’à présent. La LAO va essayer de se former autour de la Limited Liability Company (LLC) américaine pour que le code des contrats intelligents représente officiellement la loi, ce qui permettrait une interprétation fluide entre la tech et le droit. Bon, tout ceci reste extrêmement expérimental mais elle existe et on est proche d’OpenLaw pour discuter du futur de MetaCartel !

Pourquoi devenir des entités légales ?

Tout simplement pour pouvoir faire du profit. Pour le moment, si on fait des dons, c’est aussi parce que ce n’est pas légal de se faire de l’argent sans avoir un statut légalement reconnu. 

Ensuite, comme je l’ai dit plus tôt, le mécanisme de vote au sein d’une DAO est très rapide. Cela pourrait représenter un véritable gain de temps pour des sociétés classiques d’intégrer une DAO. 

Puis on n’arrête pas de faire des expériences!

  • Marketing DAO, dont je fais également partie, cherchent à financer le marketing d’Ethereum.
  • Stake DAO, par Stake Capital, décentralise les revenus de l’entreprise aux membres de la DAO.
  • Dans les jeux vidéos, il y a Cheeze DAO qui suit les règles suivantes: plus un joueur atteint un niveau élevé dans le jeu, plus il détient de pouvoir de vote sur la structure de son équipe.
  • Trojan DAO, fondé par des grecs, une sorte de Patreon partagé qui finance des artistes.

Du coup, les DAOs c’est le grand comeback?

Oui, je pense qu’on a beaucoup parlé de DeFi (finance décentralisée) dernièrement, mais les DAO reviennent à la mode. Il y a beaucoup de projets avec différents niveaux de complexités, pour ne pas les citer : dxDAO, Aragon, Colony. 

Quel est ton rapport à la spéculation autour des crypto-monnaies ?

La spéculation apporte énormément à l’industrie. C’est très conversé comme opinion mais tout est corrélé à la spéculation. Depuis la fin 2018 les prix bas sont bas, du coup le moral du marché aussi. Les gens écoutent moins les podcasts, utilisent moins les Dapps, etc.

Alors, certes, c’est moins intéressant que la technologie mais c’est un énorme vecteur et ça catalyse tout l’écosystème. Cela peut être bénéfique, s’il y a un bull market prochainement, cela financera sûrement des projets grand public qui changeront nos vies futures.

Énormément de gens ici (à DevCon, au Japon) sont venus grâce à la vague de spéculation de 2017. En 2017, $25 milliards ont été levés par des start-ups alors qu’aujourd’hui encore il y en a pas une qui a plus de 5000 d’utilisateurs mensuels. C’est extraordinairement bas ! Alors oui, peut être que 2017 n’était pas si bien, il y a eu des scams, la folie des ICOs, mais pleins de gens sont venus grâce à cette vague et deux ans après construisent des bons projets qui auront un impact plus tard, j’en suis persuadé.

Aujourd’hui l’industrie est plus mature et je pense que le prochain marché haussier sera encore plus fou en ampleur, mais aura aussi moins d’escrocs. J’ai vraiment hâte du prochain marché, qui sera plus sain qu’en 2017 !

Tu t’intéresses aux applications concrètes de la blockchain, du coup, as-tu une application Ethereum utile à nous citer ?

rDAI. Ce projet, construit sur DAI, redirige les intérêts du stablecoin. Il faut savoir que les taux d’intérêts de DAI peuvent grimper jusqu’à 15% annuels ! C’est un outil puissant de financement qui est complètement nouveau et impossible à mettre en place sans la blockchain.

Est-ce que tu vois une application grand public qui va arriver dans Ethereum? 

Je pense que ce serait un compte en banque DeFi avec un taux d’intérêt à 10% annuellement, un peu comme les cartes de crédit dans les années 50 où les gens ont reçu des cartes avec un très faible montant dessus mais qui leur permettaient de faire des expérience. Il faut faire la même chose avec la crypto pour permettre aux gens d’essayer. Linen ou bien Outlet Finance sont bien partis pour conquérir ce marché.

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